Afro-code de fée

> Cyber afro-féminisme traditionaliste

Une métisse obèse est assise devant un établi éclairé par un néon tuberculeux. Il crachote une lumière crue sur la peau hâlée. Les seins de la grosse, énormes et luisants, reposent sur son ventre rond. De jambes pas de trace. À la place, une nasse de cables entremêlés comme des cheveux mal peignés disparaît dans l'obscurité de l’atelier surchauffé. Boa de fer, piton électrique, serpent exotique d’informations et d’impulsions qui zigzag parmi les pièces et la crasse. Abba zabba zoom, le Captain résonne dans la pièce. Une tignasse provocante, une afro type année 70 du vingtième siècle oublié. La masse crépue dégouline de sueur épicée. Quelqu’un pour la goûter ? Non, la belle est seule, concentrée sur son ouvrage. L’erreur n’est pas une option, le rite n’accepte pas l'approximation. Elle soude, opère, récite ses incantations dans une langue suave que plus personne ne sait prononcer. Elle roucoule par dessus son ouvrage la doudou de saindoux. Belle et merveilleuse, souvenir traditionnel, réminiscence d’un passé mystique. Elke Oso N’Passi, grand-mère d’une secte d’opposantes, opère une crypto-fée.

Elke fume un mégot de cigare, un nicaraguayen sombre et huileux. Il lui en reste 3, tout juste. Ensuite, la boite sera terminée. La fumée peine à décoller dans l’atelier surchauffé. Les réacteurs de Charleroi ne s’arrêtent jamais, la ville transpire. Elke referme ses lèvres épaisses sur les feuilles brunes bien serrées. Le tabac brûle en grésillant, la nicotine pénètre sa gorge, se répand dans son sang, apaise son stresse. Elke se détend. Sur l’établi, la petite créature respire doucement, nue. Vagin rosé, hanches larges, pilosité tout juste bien dosée et visage de poupée. Réplique de femme miniature avec des ailes en plus, pour quoi foutre ? Voler ? Allons. Même les oiseaux ne volent plus, les pigeons se sont transformés en rats, chiant leurs déjections directement sur le sol, à bout portant et se traînant dedans par paresse. Les merles ont disparu, les pies aussi, sans parler de volatiles plus subtiles qui finalement auraient fait tache. Les pigeons sont les seuls à avoir survécus. Et les crypto-fées. Mais ni l’un ni l’autre ne sait plus voler. L’air est trop gras, les ondes trop nombreuses, impossible pour des ailes de battre dans une atmosphère pareille. Elles sont pourtant là, souvenir d’un monde perdu. Des petites ailes rachitiques, opacifiées, même plus belles. Mais toujours là, par cruauté. Elke regarde son ouvrage en expirant de la fumée. Elle a bien travaillé, mamy à toujours la main. D’ici quelques heures, sa crypto fée pourra aller refiler la chtouille à une saloperie d’IA dégénérée.

Destin de crypto-fée. Elke le sait. Mourir en accouchant d’une nano-MST. Sacrifice, porteuses d’armes, comme les kamikazes musulmanes du siècle passé. Shahidas fantastiques pourtant bien réelles qui saignent, pissent et souffrent. Aiment parfois, chient et baisent mais sont sacrifiées pour la bonne cause, comme des appareils à usage unique. Combien le lot de dix ? Vraiment ? Elke aurait pleuré...avant. Plus maintenant. Elle est bien rodée, séchée de l’intérieur. Plus vraiment de sentiment, une cause à la place. Révote contre le monde moderne à la recherche du mythe de l’éternel retour. Drôles d’inspirations : Evola, Eliade avec un souffle de croyances à la sauce gombo. Pensée précisée par un algorithme pirate. Recette improbable, bouillon maigre d’une réflexion pauvre, pour les pauvre ères, prolos punk transhumain somalien, féministe sur les bords. Cercles de mères qui s’égarent en fractales de plus en plus lointaines, de plus en plus sottes, de plus en plus hardcore dans ce désert technologique, ancien pays minier. Charlerking a bien changé.

Un souvenir, Elke frémit. Une caresse, Elke gémit. Un serveur, une cahute, une chute des chairs dans une colonie en rut. Le colon explore le terroir. Qu’en est-il quand le terroir explore le colon. Elle était entière alors encore, Elke BBW déjà avait ses préférences. Noir comme la nuit, monté comme un âne son serveur. Aujourd’hui toujours reliée, à un serveur oui mais plus le même genre, moins de saveur, moin de bite plus de bit. Grésillement électrique, Elke gémit encore. Ca peut faire l’amour un serveur ?
Elle souffle, c’est fini. L’orgasme et ses tonnerres sont passés. Retour à la réalité. La fée s’éveille peut-être choquée par un trop plein de phéromones poivrées. Elke s’approche murmure quelques formules à la forme minuscule. Résignée, elle s’en va tapiner la crypto-fée.

Plus de gris-gris en vrai mais Dr. John qui chantonne. Elke s'essouffle, il fait chaud. IMC tu la fait craquer. Au loin une explosion, une mégastructure qui s’effondre. 400000 âmes qui s’éteignent, un infime pourcentage. Quelle valeur au regard des statistiques, du nombre ? 1956 : catastrophe au bois du Cazier, plus de 262 morts. Deuil national. 2156 : catastrophe au bois du Cazier, 400000 morts. Silence radio. Les temps changent. Faut marquer l’coup pour marquer les esprits. Une IA marchand de sommeil vient de succomber à un chtouille carabinée. Fallait pas y toucher à la crypto-fée mais tu n’est qu’un porc que tu sois fait de chair et de sang ou d’impulsions et de données. La méga tour dortoire s’est fissurée sans tes ajustements précis. C’est trop grand, trop haut, trop lourd, trop près du ciel ! Plus rien de naturel. Enlève ses médocs à un vieux et il clamse fissa. Idem pour ces monolithes concrets machistes qui défient la physique à coup d’assistance électronique. Pccccch. Démolition afro-féministe-traditionaliste et Cie. N° d’établissement 859447152. CEO : Elke Oso N’Passi. Crypto-Fée acharnée, bonne taffeuse, employée de l’année. Elke s’arrête elle aussi, lassée. Des tambours hurlent dans la nuit digitale. Un griot carolo fait de 1 et de 0 rend hommage à une grande dame.

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