6000 gueux sur un terril

Le fritkot I

Un terril. Sur le dessus du terril une minuscule baraque à frites. Une enseigne lumineuse qui clignote dans la nuit : Pointe à Pitre, ‘T FriteKot.Un vieux type fume la pipe sur les marches du perron. C’est Peter. Peter a beaucoup voyagé. Il a beaucoup lu, il est très instruit. Il pense que toute chose doit être faite avec passion, que l’on doit tout mériter. C’est d’ailleurs pour ça qu’il a installé son FritKot voici 20 ans au sommet d’un terril. Il voulait que sa clientèle mérite ses frites, qu’elle sue pour avoir le privilège de goûter son savoir-faire et ne puisse se contenter de l’acheter. Il n’a jamais eu personne, il n’a jamais fait fortune, il n’a jamais laissé tomber.Parents flamands. Deux chats Zadig et Voltaire, un haras acheté après un voyage en Guadeloupe appelé Hakim. Trois livres : le Décaméron de Boccace, le Désespéré de Léon Bloy et un numéro spécial de Highsnobiety.Peter boit de la Cara dans une flûte à champagne. Il observe la ville. Charleroi. Son ring, l’anneaux. Le seigneur de l’anneau. Or. Anneau, cara, ring 24 cara. Tout juste le nombre de pintes qu’il vient de siffler. Il pense du haut de sa pointe. Son terril. Son Pointe à Pitre, sa pointe à pitres, sa pointe à pintes.

Longtemps, Peter a cru que les terrils était des tas de merde coulés par des géants à la surface du globe. À cette époque, il croyait encore en dieu. À une forme de dieux, un panthéon plutôt. Un panthéon païen composé de dieux guerriers et de déesse pulpeuses et obscènes, une vision toute personnelle, inspirée de chants anciens.

Aujourd’hui, il a cessé d’y croire et considère plus volontier les terrils comme des constructions surgies de l’inconscient des mineurs, édifiées pour défier dieu. Ou plutôt, pour affirmer leur négation de dieu. Si dieu avait été là, aurait-il laissé ces hommes souffrir ainsi comme des bêtes loin dans la terre, à deux doigts des enfers ? Si dieu avait été là, les aurait il ensuite laissé se rire de lui via ces constructions tendues vers son fondement comme un défi ? Terrils. Gratte-ciel. Pic-dieux. Bourre-dieux.

La sociologie...Peter à toujours aimé ça, en y croyant à moitié. La philosophie, idem. En fait, Peter a compris bon nombre de concepts, les a digéré mais jamais assimilé. Pourquoi ? Par désillusion peut-être. Par paresse ? Par manque de conviction sans doute.

Par contre Peter vénère l’imagination. Il aime les idées, entrelacer les genres, les approches, les réflexions. Mélanger, sans respect, réalité et fiction, savoir et intuition, fait et fantasme. Il n’en a absolument rien à battre. Sauf lorsque ça lui prend il et qu’il veut savoir, vraiment. Alors seulement, il cherche, interroge, consulte, explore, des heures, des jours durant.

Aujourd’hui, il pense à sa ville. Considère son évolution. La rêve comme ceci, l’imagine comme cela. Il y place des monstres, des cultes. Il s’y fait dérouler des guerres, des famines, des pestes, des coups d’éclats. Il réfléchit à son passé, goûte son présent (qu’il fait passer avec une coulée de bière), tente de deviner son futur.

Peter se souvient d’un professeur, un passionné de sociologie et d’art contemporain, qui lui a dit un jour : la culture ne va pas forcément de paire avec l’argent. Il leur avait montré un tableau et avait tenté de leur en expliquer les arcanes. L’argent n’amène pas la culture. L’enseignant avait pris comme exemple cette publicité bien connue pour la loterie dans laquelle un dégénéré consanguin ayant gagné une somme folle, tunne un voiture de luxe genre Bentley pour prince saoudien. Peu importe l’argent dont il dispose, le taré ne pourra jamais s'acheter une culture, il restera un cul-terreux innocent et inculte.

Peter regarde sa ville. Elle change. Il compte l’argent injecté pour nourrir ce changement, pour ce tuning urbain et s’interroge sur la culture.

Mais quid de l’inverse ? Se demande t-il. Si l’on n’y avait pas mis de l’argent mais de la culture en masse. Imaginons, pense Peter, que, parmis la population, il en est des plus miséreux à qui il fut offert une culture phénoménale. Un impulsion non pas de savoirs stérils mais bien d’intelligence, de culture, de goût. Qu’en auraient-ils fait ? Qu’auraient fait ses ex-innocents, ces gueux augmentés, de cette force nouvelle et bouillante ?

Petre rentre dans le FritKot. Il approche de sa Knoll bancale coincée à l’aide d’un sous-boc plié en origami compliqué. Chaise, lampe à huile pour l’ambiance, néon pour la lumière, nouvelle Cara, coup de pied au chat, feuille blanche, bic noir, le Décaméron, le Désespéré, Highsnobiety. Peter commence à écrire.

Le concile des gueux

Dans les méandres de la cité construite selon un plan initial militairement pensé mais regarni ensuite à l’arrache, une nouvelle caste s’agitait dans l’ombre. Laissés-pour-compte griffés, fossoyeurs d’une époque révolue dodelinant de la tête au rythme de la vie de Pablo, rêveurs éclairés ultra stylés, ils infestaient les recoins, meublaient les ombres, fuyaient hommes et lumière.Longtemps agités dans leur bocal, ils avaient consommé jusqu’àlors, à grand renfort de billets qu’il n’avaient pourtant pas des masses, des biens, beaux ou non, toujours cher, toujours inutiles. Mais ils avaient changé depuis déjà un certains temps. L’argent avait disparu lui aussi, tout comme le luxe et le confort matériel. Mais autre chose, inidentifiable au début, était apparu à la place. Sans s’en rendre compte, leurs goûts avaient évolué. Sans pour autant forcément changer, ils s’étaient en fait complexifié.
Dès lors, certains s’étaient surpris à tourner les pages d’un vrai livre, à écouter d’autres sonorités, plus de choses en fait. D’autres avaient commencé à observer différemment. Bien sûr il avait fallu repenser leur économie, leur manière d’obtenir ces choses nouvelles dont ils n’avaient plus simplement envie mais réellement besoin. Pas pour survivre non, ni pour simplement paraître mais bien pour vivre pleinement et jouir de ces nouveaux sentiments qui avaient germé et poussé en leur sein.

Marché noir, troc, vols, prêts et récupération.

Ils n’étaient pas nombreux et avaient mis un certain temps à se reconnaître. Mais à présent, ils étaient là, réunis pour la première fois : le ménestrel, la catin, les mestres, l’apothicaire, la cantinière, l’artiste et le héraut.

Le fritkot II

Peter dépose son bic, verse une nouvelle Cara dans son verre en cristal et la boit d’un trait. Il saisit le Décaméron et en feuillette les pages. Pour lui, c’est la brique Supreme. Comme celle qu’il porte non pas dans mais sur le ventre. Le livre a été écrit au XIVème siècle par un rescapé de la peste noire ayant côtoyé les plus grands pour finir en miséreux : Boccace.
Notice Amazon :

““Boccace a trente-cinq ans en 1348 quand, "juste effet de la colère de Dieu", éclate la grande peste qui flagelle l'Italie. Composé dans les années qui suivent, le "Livre des dix journées " s'ouvrira sur ce tableau apocalyptique, à la force grandiose et terrible, qui n'a rien à envier à la description de la peste d'Athènes chez Thucydide. C'est en effet dans ce contexte que sept jeunes filles courtoises et trois jeunes hommes qui ont conservé leur noblesse d'âme se retirent sur les pentes enchanteresses de Fiesole pour fuir la contagion de Florence, devenue un immense sépulcre, et pendant deux semaines se réunissent à l'ombre des bosquets et se distraient chaque jour par le récit de dix nouvelles, une pour chacun, tantôt sur un sujet libre, tantôt sur un sujet fixé à l'avance pour tous, par la reine ou le roi de la journée. Tel est le premier chef d'œuvre de la prose littéraire en langue " vulgaire ".”

Peter pose le Décaméron et ouvre le Désespéré dont il relit quelques passages. Ce livre l’a fait pleurer de nombreuses fois et cette lecture n’y coupe pas. Bloy, malgré tout ce que l’on peut lui reprocher, savait gerber à la face de ses adversaires une bile à la fois corrosive et belle. Sa plume, elle, avait dû être arrachée à l’une des bêtes les plus rares, un phénix peut-être tant son écriture est touchante et sublime.

Notice Amazon :

Premier roman de Léon Bloy, Le Désespéré (1887) est un pavé dans la mare de tous les conformismes. Caïn Marchenoir est le héros de ce roman largement autobiographique: catholique intransigeant révolté par le silence de Dieu et la vaine attente de la rédemption, paria parmi les hommes, il lance le plus violent des anathèmes contre ses contemporains. Le Désespéré est tout à la fois un cri de révolte, un amoureux blasphème, un pamphlet vitriolé contre la foule des "digérants" républicains et la "Grande Vermine" des lettres. Mais Le Désespéré est surtout un aérolithe littéraire, écrit dans une langue barbelée de mors rares, étrangement mystique, une oeuvre d'une surprenante modernité. Cette édition, abondamment annotée et qui tient compte des différents états du texte, offre un éclairage précieux sur ce formidable roman de l'inquiétude spirituelle.”

En larme, Peter dépose le Désespéré et termine sa pause en parcourant son exemplaire de Highsnobiety. Marque, lifestyle, musique, art, vidéo, etc.

Présentation sur le site de Highsnobiety :

Highsnobiety is an online publication covering forthcoming trends and news in fashion, art, music, and culture, all on one platform.
Highsnobiety has steadily built a strong brand in the online fashion and lifestyle world. Today the blog and print magazine sit among the most visited global sources for inspiration in the areas of fashion, sneakers, music, art and lifestyle culture. Innovation, progression and always being several steps ahead of the curve are just some of the core values of Highsnobiety.

Peter reprend son bic.

La cantinière

Chaussée de Charleroi, Dampremy Piges, 2h30

Au milieu de la nuit, en périphérie de la ville, au dessus d’un pont du métro, dans cette rame clignotante réaffectée en auberge ambulante fantôme, ils étaient donc tous là. Les huit, hommes et femmes (le ménestrel, la catin, les mestres, l’apothicaire, la cantinière, l’artiste et le héraut), assis autour d’une longue table à la lumière des bougies et des flashs des néons du dehors, réunis grâce à l’ingéniosité de la cantinière ainsi qu’à la faim qui les tiraillait tous. La pluie tombait, l’orage grondait et des éclairs zébraient le ciel noir à l’extérieur. Chaqu’un malgré une légère appréhension était très heureux d’être là ou il était : au sec et à ce qu’il paraissait en bonne compagnie. De plus, une odeur alléchante parvenait de l’arrière de la rame dissimulé derrière un rideaux. Les crépitements d’une friture rivalisent en fait avec les clapotis de la pluie sur le toit de tôle. Un battle de fluide.
Le matin même, la cantinière leur avait fait parvenir à chacun et via l’entremise de la catin, une invitation à dîner. Un festin nocturne et agréable entre gens de bonne compagnie, assurait la missive. Le billet se poursuivait ainsi : la rame vous prendra à l’arrêt Mayence entre 1h30 et 2h cette nuit. Au plaisir de vous rencontrer.

La cantinière était une grosse et grande femme, charpentée comme un piano de cuisine : large poitrine, croupe imposante, panse débordante, sourire rassurant, visage engageant, regard intelligent et sage. Incarnation de l’hospitalité, du gîte, du couvert, de la mère, de la sécurité du foyer. On l’eut facilement imaginée à une autre époque dans la traîne d’une compagnie de mercenaires tirant dans son sillage une lourde marmite toujours remplie de soupe, une louche à la mains, une bonne parole d’encouragement à la bouche. Mais non. Elle cuisinait à l’électricité grâce à un ingénieux quoi qu’au final fort simple dispositif de cable relié au caténaire de la ligne de métro. Elle était maître de sa propre affaire, forte et indépendante. Chaque nuit, sa rame/auberge parcourait les lignes désaffectées pour nourrir ceux qui avaient faim contre ce qu’ils pouvaient/voulaient donner. Le reste du temps, elle lisait, étudiait et rédigeait des textes interminables composés d’un mélange de recettes et d’observations théologiques. Elle était elle même une sorte d’entité hybride entre Maïté et Sainte Thérèse d’Avila.

Mes amis ! Dit-elle brisant le silence de la rame (seulement perturbé jusque là par la graisse et la pluie crépitantes). Je vous ai réunis aujourd’hui afin que nous faisions connaissance les uns avec les autres. Mon amie ici présente. Elle posa une mains énorme sur l’épaule de la catin. Vous a bien observé et nous pensons que cette nuit vous comblera. Gustativement et intellectuellement parlant. Détendez vous et écoutons là plus tôt.

La catin prend la parole d’une voix légèrement éraillée : “Comme la cantinière vient de l’annoncer, nous vous avons longtemps et attentivement observé. Nous pensons ne pas nous tromper en affirmant que vous êtes comme nous. Différents. Notre approche est autre. Notre culture et la manière dont nous l’intégrons à notre quotidien est autres. Tout comme nos valeurs. Nous vous avons vu. Nous avons réfléchi. À présent, nous voudrions, qu’ensemble, nous explorions de nouvelles pistes. Que nous imaginions des alternatives pour faire vivre cette culture. Que nous concevions de nouveaux événements, de nouvelles manière de communiquer, d’aider, d’exposer, d’explorer, de construire. Chacun selon nos domaines d’activités.
D’où cette soirée. La cantinière et moi aimerions qu’elle soit la première d’une série. Chaque semaine, nous nous réunirions pour écouter notre hôte exposer la manière dont il conçoit son activité dans une perspective basée sur le concept et plus sur l’argent. Comment parvenir à ses fins, comment développer des modèles différents...sans argent. Comment travailleriez vous si il n’y en avait tout simplement plus ou presque ? Concept, créativité, solution alternative, économie partagée, qu’en sais-je. Pensez ! Et discutons-en…

À quoi bon ? intervient l’un des Mestres. Un bonhomme tordu au visage mince dissimulé dans l’ombre d’une capuche qu’il n’avait pas prit la peine d’enlever. Son binôme (les mestres sont deux), un échala au bras kilométrique se retourne vers lui et le gifle. Continuez, dit il à la catin.

Ainsi, chaque semaine l’un d’entre nous invitera les autres là où il l’entend. Il fera préparer un repas et nous exposera ses vues sur son domaine d’activité.

Comment communiquerons nous ? Demande le héraut, un homme très petit est très large dont la barbe blanche doit se confondre lorsqu’il est nu avec sa toison pubienne pour peu qu’il en ai une tant elle (sa barbe) est longue.

Par message, répond la catin. Ces invitations que vous avez reçue me semble idéale.

Utilisons Twitter, propose l’artiste. Nous avons tous un portable malgré notre précarité. Cela m’étonne d’ailleurs maintenant à bien y penser, mais c’est un fait. Le mien est même un modèle des plus récent. Et choisissons un hastag à suivre pour ne rien manquer.

La tablée semblait d’accord.

#leconcildesgueux proposa l’artiste. Cela me semble idéal.

Personnes ne s’opposant à la proposition, il en fut décidé ainsi.

Bien, repris la catin. Notre amie la cantinière commencera son exposé dès que nous serons servis de ces excellents pilons de poulet frits au poivre rouge. Merci ma chère.

Quand tous furent servi, la cantinière s'assit lourdement, arracha un morceau de poulet qu’elle macha délicatement puis, elle pris la parole.

Il m’est d’avis que mon modèle, ce resto/rame fantôme et mobile n’a pas à avoir honte de lui même. Toutefois, si je devais agir à plus grande échelle, voici ce que je ferais...

|Insérez ici l’idée d’une figure importante du secteur (restaurateur ou asbl qui nourrit ceux qui ont faim) ou une d’une personnalité publique renommée et habilitée à parler intelligemment du sujet.|

À la fin de son exposé, la cantinière remercia les participants pour leur écoute attentive. Les assiettes étaient vides, les estomacs tendus. Ce qui n’empêcha pas les langues d’être bien pendues plus de deux heures durant. Les commentaires allèrent bon train. Les critiques constructives fusèrent et tous furent satisfaits de l’échange. Il fut ensuite décidé que le ménestrel serait l’hôte de la semaine suivante. Le groupe quitta la rame peu avant l’aube et se dispersa dans la ville encore endormie, chacun de son côté.

Le ménestrel

Quai Halage-Bosquetville, mercredi, 2h

Le ménestrel poussait une énorme charrette à bras. L’engin débordait d’enceintes ficelées les unes au autres à l’aide de grosse corde à ballot et reliées entre elles par un entrelac de câbles électriques. Il y en avait de toute les tailles, de toutes les marques, de tous les âges et dans tous les états. Elles se chevauchaient par dizaine dans une sorte d’orgie électrique prête à hurler de plaisir un vacarme de tous les diables. Le dessus de la structure mobile était surmontée par trois grands panneaux solaires qui devaient en assurer l'alimentation.
Le bas de la charrette supportait de nombreuses malles, des sacs de sports, des grappes de sacs plastiques et même des sacs à patate en toile de jute. Le tout rempli jusqu’à la panse par des centaines de vinyles et de K-7.
Entre les bras de la charrette, le Ménestrel avait construit un plateau et y avait posé son tourne disque et son lecteur de cassette par dessus un amplificateur à ampoules.
Boeuf qu’il était, le Ménestrel n’en grognait pas moins pour autant, tellement il lui fallait faire d’effort pour mettre en branle son attelage.Il s’arrêta tout près du groupe et d’un signe de tête, les invita à la suivre. Ils marchèrent ainsi pendant une bonne demi à travers la ville. Il n’y avait pas grand monde de les rues, il se mit à pleuvoir et chacun couvrit son chef. La parade alla ainsi bon train jusqu’à l’arrivée.
Sous une partie du ring, à l'abri du béton, entre deux pilier géant, le groupe fit cercle autour du Ménestrel. Celui-ci farfouilla dans une besace qui pendait juste devant lui, en sortit un disque, le posa délicatement sur l’appareillage qu’il mis en route tout doucement. La musique s’éleva entre les tonnes de béton comme dans une cathédrale lourdement dessinée. Mais la magie opéra. Le ménestrel sourit. Il se remit à son attelage et poussa l’engin dans un coin du square.
Là, il tira une manivelle dissimulée parmi un tas de sacs à ordure. Un peu plus loin, une porte grinça en tournant sur ses gongs ouvrant sur un espace obscure calé entre deux vieilles maisons de maître délabrées . Une porte suffisamment large pour laisser passer la charrette et son baudet.
Le groupe suivi et la lumière fût.
L’endroit ressemblait à l’atelier d’un garagiste. A cette différence près, qu’ici on se passionnait de musique plutôt que d’automobile. Il y avait de tout, des instruments, des partitions, des lecteurs par dizaine, des haut-parleurs par centaines et des rayonnages bondés de vinyles. Combien de vies aurait-il fallut pour écouter tout cela ? Combien de générations de musiciens aurait il fallu pour apprendre à jouer l’ensemble de ces mélodies ?

Et au milieu, un table. Longue et large, couverte de bougie. Au bout de la table un barbecue fait maison géant. Au plafond des chapelets de saucisses dégoulinantes de gras.

Le ménestrel alluma son feu, s’ouvrit une bière et se mit à parler.

|Insérez ici l’idée d’un figure importante du secteur (boss de l’eden) d’une personnalité publique renommée et habilitée à parler intelligemment du sujet.|

L’hôte était loquace et plein d’entrain, passionnant d’un bout à l’autre. Mais l’heure était au adieux. On décida que l’apothicaire prendrait la suite et l’on se dit au revoir. La musique mêlée à une fumée odorante continua à s’échapper de l’atelier durant le peu de nuit qui restait aux voleurs pour opérer leurs larcins.

En lien : K7 K7 K7 : Histoire d'un curateur sur bande

L’apothicaire

Pharmacie Jolipré Rue de Marcinelle n°24 ce soir 23h

La boutique était une minuscule officine, pas plus large qu’un derrière de naine. Si étroite en fait que suivant la position à partir de laquelle on l’observait, elle semblait parfois ne même pas être là. Une question d’angle sans doute. Où était-ce là une forme quelconque de magie urbaine ? Le groupe se tut et entra. L’apothicaire était là, derrière son comptoire et les accueillit avec un sourire triste.
Bienvenu, dit-il, je vais faire de la place. Le poisson est à cuire, le vin au frais, il ne manque que l’espace. Sur ce, il pousse filtre, drogue et potion qu’il range dans les dizaines de cagettes fixées au mur. Voilà, voilà.
L’apothicaire s’éclipsa un instant puis revint avec une nappe pliée sous le bras, deux bouteilles de rouges dans une mains, un tire bouchon et des bougies dans l’autre. Vous excuserez mon retard mais vous savez...quand on est plongé dans ses affaires…

Hors donc voilà, si moi aussi, il me fallait dispenser mes recettes à grande échelle et sans le sous, comment je m’y prendrais…

|Insérez ici l’idée d’une figure importante du secteur (pharmacien ou dealer) ou une d’une personnalité publique renommée et habilitée à parler intelligemment du sujet.|

Pas bête ! Beugla le héraut en rotant par dessus les restes de son plat. C’est effectivement une putain d’idée ajouta la catin avec un sourire. Je prends la suite, z’aurez rapidement de mes nouvelles ! Sur ce messieurs dame, que votre nuit soit douce. Le groupe remercia, prit congé et se dispersa dans la nuit.

La catin

Bord de sambre @quai10 ce soir 23h

Les derniers riches spectateurs quittaient le cinéma, ce beau Quai10, certains braillants, d’autres silencieux, tous courbant l’échine pour se protéger de la pluie. Le groupe s’était formé. L’on avait serré des mains, embrassé des joues, acquiescé simplement du chef quand une péniche fendit la pluie. On l’entendit avant de la voir. Des chants, des rires et des cris formaient une corne de brume humaine, un klaxon hurlant son plaisir dans la nuit carolo. L’embarcation tapa contre la digue lorsque tous eurent le temps de la bien voir, longue et élégante. Vit de bois sur une rivière qui en a gobé son compte. Une femme fut hissée à terre : la catin. Vêtue d’une cape noire comme l’encre de seiche, elle rejeta en arrière de son capuchon qui libéra sa belle chevelure couleur cuivre puis salua l’assemblée.
Je vous aurais bien proposé de monter à bord mais La Garce, c’est le nom de ma péniche, est déjà bien pleine et elle doit repartir déjà. La traversée se paie, chaque coup de butoir qui la fait avancer est un sou dans ma poche. Et un sou est un sou. La péniche/pénis coule sur les flots brassant foutre et sueur, ramone beau matelot, oublie tout ton malheur. Allons, nous nous abriterons sous ce quai là. Sans attendre, alors que le groupe se dirigeait vers le Quai10, la catin prit la parole.

Ainsi, si d’argent il n’y avait pas, je verrais la “consommation des corps” de la manière suivante…

|Insérez ici l’idée d’un figure importante du secteur ou une sexologue ou une d’une personnalité publique renommée et habilitée à parler intelligemment du sujet.|

Alors qu’une dernière bordée de mots s’échappait des lèvres charnues de la catin, la péniche revint de son moite canotage. Une amarre fut habilement lancée autour d’une bite solitaire comme un nœud coulant autour du cou d’un pendu. On tira l’embarcation au plus près de la digue et une passerelle fut jetée par dessus la mince ligne d’eau restante. La catin se leva, se tourna vers le héraut et dit : serez vous le prochain mon cher ? Avec plaisir ma dame. Sur quoi la matrone embarqua à bord de son bordel ambulant dans un virevoltement de draps, de parfum et de charme, laissant là son monde, hommes et femmes, pantois comme des mioches gourmands devant la vitrine d’un faste confiseur.

Le héraut

Jean Jaurès @BPS22 cette nuit, 01h

Statue de Jean Jaurès au BPS22. Le square était vide. Jaurès trônait en cerbère solitaire et immobile sous les lierres centenaires. À un certain moment de l’histoire, allez savoir quand et pourquoi, des gens avaient commencé à couvrir Jaurès de kystes en plomb fondu, de tumeurs en fer forgé. Tant et si bien que l’illustre bonhomme ressemblait désormais à un être difforme victime d’une peste de fer. Gigantesque et tordu, il projetait sur les pavés une ombre que créait la lune, laquelle illuminait avec malice les mille bosses de son dos.
Le groupe arriva bientôt et fit cercle autour de la vénérable statue vandalisée/infectée (de rêves plombés ?). Ne voyant personne pointer le nez, la tension se relâchait doucement lorsque soudain, un sifflement parvint d’en haut. Serait-ce l’homme de la lune ?

Non, trois fois non, c’était le héraut, perché sur l’épaule du Jaurès d’acier. Faisant le pitre comme quelque bouffon des temps jadis. Ce fou-ci aussi avait à présent sa cour, un square tout entier à vrai dire, entre les jambes raides de bâtiments très grands. Il bondit de son rond perchoir, se réceptionna avec grâce et prit la parole d’une voix forte et claire.

S’il fallait en ces lieux de mille bougres représenter le nom, s’il m’était donné la tâche ardue de prêter ma voix au miséreux, voici comment je m’y prendrais afin que tous connoisse/connasse leurs histoires.

|Insérez ici l’idée d’une figure importante du secteur ou d’un journaliste fameux ou d’un communicant de renom ou encore d’une personnalité publique renommée et habilitée à parler intelligemment du sujet.|

Alors que l’aube pointait son nez et que le héraut perdait enfin sa voix, une masse grise fondit sur la statue Jaurès. Mille plumes et des centaines de battements d’ailes, les pigeons.
Pigeon, poussa le héraut, oiseau à la grise robe, dans l’enfer des villes à mon regard tu te dérobes. Vraiment, tu es le plus agile. Mais aujourd’hui non, tu t’invites et m’irrites. Tu mets fin à mon sermon. Soit. Que les Mestres soient les suivants si le cœur leur en dit. Pour ma part, je m’en vais me figer dans un coin telle cette statue, mais à l'abri des regards, dans une certaine intimité. Celle de mon propre cœur. Bon matin.

Les mestres

Les templiers, ce soir, 22h

Ce soir là, le bistrot était bondé. Les serveurs s’affairait entre les tables chargés de plateaux cliquetant de verre. La bière coulait comme une grosse drache et les humeurs étaient joyeuses. “les Templiers” suintait la vie, petit coeur battant dans la grisaille tout en haut de la ville.
Le groupe attendait autour d’une table et le barde s’en allait commander une troisième tournée de blanche au fût lorsque la porte s’ouvrit sur deux inquiétants individus : les Mestres. Tout de noir vêtus, canne à la mains pour la frime, ils poignardèrent la foule de leur démarche rapide sans accorder un signe à leurs invités et se dirigèrent vers l’arrière du bistrot. Le groupe se leva et suivit. On descendit à la cave par une volée de marche. Là, on ouvrit un fût gigantesque et l’on s’y engouffra sans mot dire pour pénétrer dans un tunnel chichement éclairé. On marcha à peine deux minutes quand il fallut gravir un escalier à vis qui n’en finissait pas. Lorsqu’une trappe fût poussée par l’un des mestres dont on aurait pas estimé la force si grande, on déboucha sur une petite pièce carrée dallée et froide.
Les Mestres allumèrent un poêle sur lequel il glissèrent une grosse marmite qui humait bon le pigeon au raisin (que le plus petit des Mester expliqua ramasser à l’occasion, morts dans les corniches du grand bâtiment). Des bols furent sortis, des bouteilles débouchées et l’assemblée s’installa sur de petits tabourets. Les murs étaient couverts de bibliothèques remplies de gros ouvrages reliés pleine peaux. Le plus grand de Mestre prit la parole : nous sommes au plus haut du belvédère, au plus haut de la ville quoi qu’en disent certains. Et si d’ici, sans un sou, la justice nous devions rendre, voici comment nous nous y prendrions…

|Insérez ici l’idée d’une figure importante du secteur ou d’un journaliste fameux ou d’un communicant de renoms ou encore d’une personnalité publique renommée et habilitée à parler intelligemment du sujet.|

Lorsque le groupe sortit des Templiers, les premiers maraîchers arrivaient déjà. Tous trouvèrent que le temps avait vite passé et que les Mestres n’étaient décidément pas les tristes personnages que l’on aurait pu imaginer au départ. On ne décida de rien, l’artiste étant le seul à n’avoir pas encore parlé. Le groupe se sépara simplement et retourna à la ville, attendant l’ultime tweet.

L'artiste

Petit triangle, mardi, 21h

Le groupe attendait à la pointe nord du pâté/triangle d’immeubles percé de centaines d’yeux hagards que retenait l’insomnie générée par l’angoisse. Tous ces regards braqués en un seul oeil fixe et accusateur sur la nuit, avare, la garce, de son sommeil apaisant. Rêves ou cauchemars, qu’importe, seulement le répit, un peu. Un camion, de genre de ceux conduits par des ferrailleurs bedonnant en marcel blanc et rouflaquette puant le stéréotype, fit crisser ses freins. Sur la plateforme un enseigne néon : x (généré ce mot/demander à Labeau de filer le code de l’enseigne du quai10 ou taper un bot qui récupérera le mot ou mettre simplement le mot affiché le jour de la mise en ligne de ce texte). “Partons prêcher la bonne parole mes frères et soeurs !” Penché par dessus la vitre baissé de la portière, l’artiste, beuglait dans la nuit. Le groupe monta à l’arrière, s’accrocha comme il put à l'enseigne et la ballade pu commencer. Si l’on peut parler de ballade car l’artiste fit 22 fois le tour du ring toujours plus vite. X tournait en rond dans la nuit, comme un insomniaque dans son salon. Au bout du 7ème tours via sa cb reliée à deux enceintes, l’artiste commença : Sans argent, son rien voilà, comment je vous fourerais mon art ! :
|Insérez ici l’idée d’une figure importante du secteur de l’art ou d’un journaliste fameux ou d’un galeriste ou encore d’une personnalité publique renommée et habilitée à parler intelligemment du sujet.|

Le camion fit à nouveau gémir ses freins, la boucle était bouclée. Messieurs, dames, lança l’artiste, bien le bonsoir et il repartit en trombe dans la nuit pour 33 tours de plus.

Le fritkot III

Il pleut sur le terril, Peter pose son bic, saisi sa pipe, la bourre et l’allume. Il passe le reste de la nuit, si peu finalement, à lire et relire ce qu’il vient d’écrire. Lorsque le soleil se lève, il allume ses graisses et se prépare à une journée de travail fort peu remplie. Il pellera, balayera, nettoyera, préparera, enfilera sa calotte puis son tablier et finira sur le perron pipe et pinte à la mains sans un sous de plus en poche attendant un autre matin, et encore, et encore, continuant d’y croire, faisant la nique au mauvais sort, aux mauvais jours, il continuera car il est courageux, honorable, assidu, motivé et un brin simplet.

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