Méta-western québécquois : Babylone et mains coupées

Voici un putain de bon roman à vous procurer les yeux fermés : À la recherche de New Babylon de Dominique Scali.

Ça ressemble à un western mais ce n’en est pas un. C’est bien plus que ça. Y a certes les décors, l’époque et les archétypes du genre mais c’est beaucoup plus subtil. Une sorte de méta-western si vous préférez.

Le bouquin commence par l’arrivée d’un prêtre amputé des deux mains dans un famille de paysans qui, après avoir joué la carte de l’hospitalité, commencent à se poser des questions sur cet étrange homme de foi atrocement mutilé. La suite est découpée en plusieurs partie autour d’un personnage principal (ou d’un couple) et d’une poignée de dates. Ça donne une structure au tout et ça facilite la lecture.

On a : un incendiaire membre d’une bande de hors la loi, un pseudo prêtre/chroniqueur, un matador recyclé et un couple voué à l’échec qui se courent plus ou moins les uns après les autres autour d’une double quête : un ville/idéal/échappatoire qui n’existe pas et une bible qui n’en est pas une.

À la recherche de New Babylone est, selon moi, un véritable page-turner mais avec une top qualité. Ce n’est pas un roman de gare mais c’est aussi facile à lire. Sincèrement, je ne l’ai pas vu passer. J’ai voyagé, je me suis amusé et j’ai été tour à tour étonné et charmé par les ambiances et les personnages. Certaines descriptions sont terriblement efficaces (me souviens de la présentation d’un aubergiste qui descend les marches une à une en se tenant à la rampe des deux mains. C’est dit simplement mais c’est tellement explicite). Le livre est plein de ce genre de petits détails qui, l’air de rien, plantent l’ambiance comme pas possible.

L’écriture est agréable malgré quelques fioritures inutiles (c’est le premier roman de l’auteur) par contre l’histoire ainsi que la manière dont elle est racontée sont vraiment excellents.

J’ai pensé à 1275 âmes, car c’est un peu le même genre d’approche : les petites affaires un brin violentes d’une bande de jambes cassées. Par contre, c’est bien moins brutal et désabusé. C’est peut-être ainsi qu’on peut se rendre compte que c’est écrit par une jeune femme. Le roman voudrait être lourd par moment mais il ne l’est qu’à moitié. On veut parfois être tragique mais il manque un peu de tripe derrière. Maintenant, ce n’est clairement pas ce qu’il y a à rechercher dans cette lecture (je donne juste mon point de vue selon mes goûts très personnels).

À la recherche de New Babylone est un super mélange entre un Tarantino soft (pour les persos mémorables), un western de qualité (pour les ambiances) et une touche d’autre chose de beaucoup plus européen, plus philosophique et/ou initiatique (l’auteure est québecquoise d’ailleurs). Même si cela ne veut sans doute pas dire grand, grand chose, la première pensée qui m’est venue pour écrire cette critique crado était : Hermann Hesse qui se serait essayé au western pulp. Je ne sais pas si ça vous parle mais… Lisez, c’est bon !

Je viens de commencer Un jardin de sable et ça s’annonce monumental !

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