Lectures juin/juillet 2017

La biographie hallucinée du pape du journalisme Gonzo, l’analyse du travail manuel par un ancien cadre de think tank, la lutte d’un transsexuel malgré lui au milieu d’une horde de pervers en slip, les réflexions d’un intellectuel en manque de liards et le retour à la nature d’un fonctionnaire stoïque durant la deuxième guerre mondiale. Voici un extrait de mes lectures des mois de juin et juillet.

Avant de commencer, je dois préciser que je ne me sens pas l’âme ni le talent d’un critique littéraire. Il s’agit plutôt ici de partager mes lectures et ce que j’en ai retenu. À l’occasion, j’imagine digresser sur l’un ou l’autre point. J’espère faire un travail correct et profitable pour celui ou celle qui me lira mais je ne compte pas me torturer l’esprit quant à la forme exacte que prendra mon propos.

J’aime lire des bouquins ! Ils nourrissent mon imaginaire, ils me font voyager, ils m’instruisent, ils m’apportent une sorte de sérénité qui coupe avec le quotidien trop stressant. Je pense lire plus que la moyenne de mes contemporains mais surtout, et c’est en ce sens que ce qui suit peut vous intéresser, je lis assurément des choses différentes. Je ne dis évidemment pas que j’ai l’exclusivité de certaines lectures, je dirais plutôt que c’est le côté éclectique et légèrement alternatif de mes goûts littéraires qui font ma différence.

Hunter S. Thompson : journaliste et hors-la-loi de William McKeen

Celui-ci lisez le, j’écrirai dessus bientôt mais c’est réellement un must-read !!

Winter de Rick Bass

Winter est le journal tenu par Rick Bass durant le premier hiver qu’il a passé dans la vallée du Yaak avec sa compagne. La vallée du Yaak est une région située à la frontière USA/Canada où les températures descendent vraiment bas et où l’on se retrouve pratiquement isolé du monde pendant plusieurs mois. Winter c’est l’homme de la ville qui se retrouve en pleine nature et doit apprendre à y vivre. Il doit s’y salir les mains, y mouiller sa chemise et souffrir un minimum physiquement pour gagner en sagesse. J’aime ce genre de livre, beaucoup (sans doute car j’aimerais moi même tenter cette aventure un jour ou l’autre. Mais Winter n’est pas un livre révolutionnaire. Il en existe d’autres du même ordre qui sont bien plus intéressant selon moi (Can Life Prevail, Walden,…). Il a toutefois le mérite d’être « confortable ». Vous pouvez vous y plonger sans crainte. Vous ne serez agressé ni par une écriture difficile, ni par de grande théorie. C’est agréable et, lors de nombreux passages, on se dit qu’on aimerait bien y être pour goûter à ces ambiances que Bass décrit (scène de bar dans l’unique ville voisine, soirée au coin du feu avec une simple radio, séance d’écriture dans la serre que réchauffent les bûches débitées par l’auteur). Mais voilà, de mon point de vue, Bass n’y explique pas assez l’aspect technique de la vie dans ces contrées et il n’écrit pas suffisamment bien que pour faire de ce Winter un bouquin génial. Il y manque quelque chose. Mais, une fois de plus, c’est agréable et ça donne envie de se terrer au fond des bois. Peut-être (sans doute?) est-ce déjà suffisant. Il me faudra lire d’autres titres du gaillard pour m’en faire une meilleure opinion.

Je voudrais insister sur ce sentiment que j’ai un peu de mal à définir. Les régions retirées des USA et du Canada (pour le peu que j’en connaisses, c’est-à-dire vraiment pas grand chose) opèrent sur moi une profonde attraction depuis longtemps (depuis mon voyage au Québec je pense). Ce bouquin m’a encore plus donné envie de voyager et, alors que j’écris ces lignes, je repense à deux profils Instagram que j’aime beaucoup : Moutain Trucker et John Fellows.

Le premier appartient à un couple qui vit dans une cabane quelque part dans le Colorado. Ils y ont lancé une marque de casquette et de bonnets à destination des« adventure minded individual » et postent de belles photos de paysage ou d’intérieur au coin du feu. Le deuxième est le compte d’un artiste graveur qui crée de magnifique illustration. Un chouilla trop hipster BCBG à mon goût mais tout de même ultra intéressant. C’est surement le fait qu’il montre bien son process et la vie dans (et autour) son atelier qui me plaise autant. Allez y jeter un œil et si vous commander quelque chose chez, profitez en pour m’offrir un bonnet. J’adore les bonnets.

Éloge du carburateur de Matthew B. Crawford

Ce livre m’a tellement plu que je vais en écrire un article complet (un peu de patience).

Journal d’un intellectuel en chômage de Denis de Rougemont

Denis de Rougemont perd son travail et se retrouve sur une presqu’île durant deux ans. Il y tient un journal qui rend compte de ses impressions sur ceux qui l’entourent et leurs mode de vie. Journal d’un intellectuel en chômage est un livre intéressant. Non pas pour le ressentit de l’auteur quant à sa situation du moment mais plutôt pour son analyse du pays, de ses mœurs, de ses coutumes et de ses habitants.

C’est assez amusant de voir le regard que porte ce type de la ville sur une communauté rurale. Son étonnement montre à quel point de ce genre de personnage peut se retrouver con face à des situations pourtant toutes simples. Il y a quelques belles pages dans ce livres qui valent la peine d’être lues. Mais il faut vraiment approcher cette lecture comme une peinture du milieu campagnard de l’époque et pas vraiment comme une réflexion sur le chômage. Malgré quelques passages sur le sujet, le bouquin est assez pauvres de ce point de vue là.

À lire toute de même mais sans trop savoir pourquoi. Peut-être est-ce à imputer au fait que Rougement donne envie de se retirer loin de la vie active pour cogiter sur une oeuvre écrite au beau milieu de la nature avec sa compagne, son feu au bois, une vie sociale différente et du temps pour se consacrer à ses propres projets ?

Ladyboy VS Yakuzas (Tome 1 & 2) de Toshifumi Sakurai

Je ne lis pas énormément de mangas, de comics et autres BD car je trouve le rapport temps de lecture/prix bien trop mauvais. 8 à 10 € la demi heure de lecture, ça fait quant même mal. Il arrive pourtant que je craque sur certaines publications. Mais il faut alors que ce soit du très lourd. Il me faut de l’originalité, un univers puissant, un pitche excitant, un dessin agréable et une bonne dose de bizarrerie suffisante que pour délier ma bourse. Cela arrive de temps en temps. J’ai adoré par exemple Blame ! de Nihei Tsutomu (manga) ainsi que sa séquelle Noise, Priest de Min-Woo Hyung (manwa) ou encore les deux premiers tomes Providence d’Alan Moore (comics).

Ladyboy VS Yakuza fait partie de ces inclassables complètement déjantés que j’affectionne particulièrement. Ce n’est clairement pas un manga destiné au grand public. C’est décalé à l’extrême, cru à en faire rougir un zoophile serbe, tordu comme une racine mais diablement bien construit et adroitement dessiné (les types en rut sont impayables). Le scénario est ultra cool, les personnages amusants et réellement inattendus. Je me suis offert les deux premiers tomes et compte bien mettre la mains sur les suivants prochainement.

La baseline du titre donne le ton : il était une fois 100 pervers en slip à la poursuite d’un transexuel malgré lui. Grosso modo, Kouzou a fait l’erreur de compter fleurette à la femme et la fille d’un chef de clan Yakuza. Celui-ci décide de se venger en transformant le pointeur récidiviste en jolie jeune femme avant de le/la jeter en pâture à une centaine d’obsédés et déviants de tous bords sur une île déserte. Pour s’échapper de l’île, les pervers doivent consommer la belle. Mais les choses vont terriblement se compliquer.

N’hésitez pas une seconde sur cette série. C’est réellement étonnant et l’auteur parvient à rendre foutrement drôle des sujets pourtant assez grave (j’avoue en y réfléchissant qu’il faut sans doute avoir un certain type d’humour pour apprécier pleinement l’approche).

Sartor Resartus de Thomas Carlyle

Sartor Resartus est un livre assez complexe écrit par un écrivain peu connu (et apparemment mal aimé) : Thomas Carlyle. Je suis convaincu que la moitié au moins de ses subtilités m’a échappé. Et pourtant, je ne regrette en rien cette lecture un peu ardue. Car bien que certains passages soient restés, pour moi, totalement hermétique, le livre est ailleurs plein de bon sens et sa construction est très originale. Le le texte est présenté comme étant le travail de sélection d’un éditeur (fictif) des travaux d’un écrivain/philosophe/sage/vagabond/etc (fictif lui aussi) : le professeur Teufelsdröckh. Le lecteur se retrouve donc en face d’une narration particulière dont cette brève présentation devrait faire baver d’envie les plus blasés d’entre vous :

Comme je l’ai dis, je n’ai sans doute pas tout compris mais j’ai vraiment aimé ce livre bizarre d’un écrivain qui ne plait apparemment pas des masses. En espérant vous avoir fait découvrir un type dont vous n’auriez sinon jamais entendu parlé… voici quelques morceaux qui ont retenu mon attention :

Rumble vol.1 de John Arcudi

Je disais plus haut ne pas lire beaucoup de comics ni de manga. Je dois dire que ces deux derniers mois ont quelque peut dérogé à cette règle. Rumble est un autre de ces comics (rares) que j’ai aimé. Note : je trouve le genre souvent moche, cher et niais. C’est l’histoire d’un jeune branquignole, serveur dans un bar, qui rencontre un ancien dieu mal en point, emprisonné dans le « corps » d’un épouvantail. Ce dieux doit échanger son épée ultra puissante contre son vrai corps séquestré par ses ennemis.

J’ai découverts Rumble grâce au compte Instagram de son auteur : John Arcudi. Les dessins sont vraiment au top. Sans trop m’y connaitre, je dirais que le graphisme mélange un côté traditionnel facile à digérer avec un côté plus manga/bourrin lors de certains passage. C’est beau et cool. Les ambiances sont poisseuses à souhait et certains personnages sont terriblement bien foutu : le dieu noir/hindou. Il y a deux passages en particulier que j’ai aimé. Le premier c’est lorsque le dieu déchu ouvre les yeux. Il y découvre une ferme paumée et se rend compte qu’il est « incarné » dans un l’épouvantail. Le deuxième, est une espèce de jeu entre le découpage des cases et la construction interne avec les dialogues. On y voit une fille, du point de vue du barman paumé alors qu’en a en voix off le vieux dieux black qui l’interpelle. Puis, montant le ton, le vieux entre dans le champs de face et en gros plan, gueulant Hey Bobby pour attirer son attention. Ce passage montre la distraction du héro d’une putain de manière. J’ai pensé à Alan Moore et sa narration ultra pensée de Providence par exemple. J’ai oublié de dire ici que je me passionne pour le storytelling sous toutes ses formes et que ce genre de détail peut me faire aimé un bouquin en entier.

Donc, dans Rumble, il y a un vieux bar miteux où l’on aimerait aller prendre un verre. Un héro à la con, un dieux/épouvantail complètement génial, un parc d’attraction désert, des champs, un récit parallèle dans un monde fantastique…. Essayez, ya bon !

Scènes de la vie d’un faune d’Arno Schmidt

Scènes de la vie d’un faune est le premier livre que je lis d’Arno Schmidt. Il m’a été conseillé par un ami lorsque je lui ai demandé ce que je pourrais bien bouquiner de différent.
Arno Schmidt, pour le peu que j’en sache, est un écrivain à part. Son style est très particulier (néologisme, tournure hachée,…).
Ce livre raconte la fuite d’un fonctionnaire de l’état Allemand pendant la seconde guerre mondiale avec une jeune femme dans une cabane au fond d’un bois. Via son double, Schmidt critique pas mal de choses et envoie bon nombre de gens sur les roses. Il a un esprit assez libre, prenant en toute chose ce qui lui plait et laissant le reste.

Le mot de la fin

Et donc voilà pour cette première giclée de lecture. J’espère que certains y trouveront leur compte. N’hésitez pas à me partager vos avis, critiques, observations, etc…

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