Le ménestrel

Quai Halage-Bosquetville, mercredi, 2h

Le ménestrel poussait une énorme charrette à bras. L’engin débordait d’enceintes ficelées les unes au autres à l’aide de grosse corde à ballot et reliées entre elles par un entrelac de câbles électriques. Il y en avait de toute les tailles, de toutes les marques, de tous les âges et dans tous les états. Elles se chevauchaient par dizaine dans une sorte d’orgie électrique prête à hurler de plaisir un vacarme de tous les diables. Le dessus de la structure mobile était surmontée par trois grands panneaux solaires qui devaient en assurer l'alimentation.
Le bas de la charrette supportait de nombreuses malles, des sacs de sports, des grappes de sacs plastiques et même des sacs à patate en toile de jute. Le tout rempli jusqu’à la panse par des centaines de vinyles et de K-7.
Entre les bras de la charrette, le Ménestrel avait construit un plateau et y avait posé son tourne disque et son lecteur de cassette par dessus un amplificateur à ampoules.
Boeuf qu’il était, le Ménestrel n’en grognait pas moins pour autant, tellement il lui fallait faire d’effort pour mettre en branle son attelage.Il s’arrêta tout près du groupe et d’un signe de tête, les invita à la suivre. Ils marchèrent ainsi pendant une bonne demi à travers la ville. Il n’y avait pas grand monde de les rues, il se mit à pleuvoir et chacun couvrit son chef. La parade alla ainsi bon train jusqu’à l’arrivée.
Sous une partie du ring, à l'abri du béton, entre deux pilier géant, le groupe fit cercle autour du Ménestrel. Celui-ci farfouilla dans une besace qui pendait juste devant lui, en sortit un disque, le posa délicatement sur l’appareillage qu’il mis en route tout doucement. La musique s’éleva entre les tonnes de béton comme dans une cathédrale lourdement dessinée. Mais la magie opéra. Le ménestrel sourit. Il se remit à son attelage et poussa l’engin dans un coin du square.
Là, il tira une manivelle dissimulée parmi un tas de sacs à ordure. Un peu plus loin, une porte grinça en tournant sur ses gongs ouvrant sur un espace obscure calé entre deux vieilles maisons de maître délabrées . Une porte suffisamment large pour laisser passer la charrette et son baudet.
Le groupe suivi et la lumière fût.

L’endroit ressemblait à l’atelier d’un garagiste. A cette différence près, qu’ici on se passionnait de musique plutôt que d’automobile. Il y avait de tout, des instruments, des partitions, des lecteurs par dizaine, des haut-parleurs par centaines et des rayonnages bondés de vinyles. Combien de vies aurait-il fallut pour écouter tout cela ? Combien de générations de musiciens aurait il fallu pour apprendre à jouer l’ensemble de ces mélodies ?

Et au milieu, un table. Longue et large, couverte de bougie. Au bout de la table un barbecue fait maison géant. Au plafond des chapelets de saucisses dégoulinantes de gras.

Le ménestrel alluma son feu, s’ouvrit une bière et se mit à parler.

|Insérez ici l’idée d’un figure importante du secteur (boss de l’eden) d’une personnalité publique renommée et habilitée à parler intelligemment du sujet.|

L’hôte était loquace et plein d’entrain, passionnant d’un bout à l’autre. Mais l’heure était au adieux. On décida que l’apothicaire prendrait la suite et l’on se dit au revoir. La musique mêlée à une fumée odorante continua à s’échapper de l’atelier durant le peu de nuit qui restait aux voleurs pour opérer leurs larcins.

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