Le héraut

Jean Jaurès @BPS22 cette nuit, 01h

Statue de Jean Jaurès au BPS22. Le square était vide. Jaurès trônait en cerbère solitaire et immobile sous les lierres centenaires. À un certain moment de l’histoire, allez savoir quand et pourquoi, des gens avaient commencé à couvrir Jaurès de kystes en plomb fondu, de tumeurs en fer forgé. Tant et si bien que l’illustre bonhomme ressemblait désormais à un être difforme victime d’une peste de fer. Gigantesque et tordu, il projetait sur les pavés une ombre que créait la lune, laquelle illuminait avec malice les mille bosses de son dos.

Le groupe arriva bientôt et fit cercle autour de la vénérable statue vandalisée/infectée (de rêves plombés ?). Ne voyant personne pointer le nez, la tension se relâchait doucement lorsque soudain, un sifflement parvint d’en haut. Serait-ce l’homme de la lune ?

Non, trois fois non, c’était le héraut, perché sur l’épaule du Jaurès d’acier. Faisant le pitre comme quelque bouffon des temps jadis. Ce fou-ci aussi avait à présent sa cour, un square tout entier à vrai dire, entre les jambes raides de bâtiments très grands. Il bondit de son rond perchoir, se réceptionna avec grâce et prit la parole d’une voix forte et claire.

S’il fallait en ces lieux de mille bougres représenter le nom, s’il m’était donné la tâche ardue de prêter ma voix au miséreux, voici comment je m’y prendrais afin que tous connoisse/connasse leurs histoires.

|Insérez ici l’idée d’une figure importante du secteur ou d’un journaliste fameux ou d’un communicant de renom ou encore d’une personnalité publique renommée et habilitée à parler intelligemment du sujet.|

Alors que l’aube pointait son nez et que le héraut perdait enfin sa voix, une masse grise fondit sur la statue Jaurès. Mille plumes et des centaines de battements d’ailes, les pigeons.
Pigeon, poussa le héraut, oiseau à la grise robe, dans l’enfer des villes à mon regard tu te dérobes. Vraiment, tu es le plus agile. Mais aujourd’hui non, tu t’invites et m’irrites. Tu mets fin à mon sermon. Soit. Que les Mestres soient les suivants si le cœur leur en dit. Pour ma part, je m’en vais me figer dans un coin telle cette statue, mais à l'abri des regards, dans une certaine intimité. Celle de mon propre cœur. Bon matin.

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