Le concile des gueux

Dans les méandres de la cité construite selon un plan initial militairement pensé mais regarni ensuite à l’arrache, une nouvelle caste s’agitait dans l’ombre. Laissés-pour-compte griffés, fossoyeurs d’une époque révolue dodelinant de la tête au rythme de la vie de Pablo, rêveurs éclairés ultra stylés, ils infestaient les recoins, meublaient les ombres, fuyaient hommes et lumière.Longtemps agités dans leur bocal, ils avaient consommé jusqu’àlors, à grand renfort de billets qu’il n’avaient pourtant pas des masses, des biens, beaux ou non, toujours cher, toujours inutiles. Mais ils avaient changé depuis déjà un certains temps. L’argent avait disparu lui aussi, tout comme le luxe et le confort matériel. Mais autre chose, inidentifiable au début, était apparu à la place. Sans s’en rendre compte, leurs goûts avaient évolué. Sans pour autant forcément changer, ils s’étaient en fait complexifié.

Dès lors, certains s’étaient surpris à tourner les pages d’un vrai livre, à écouter d’autres sonorités, plus de choses en fait. D’autres avaient commencé à observer différemment. Bien sûr il avait fallu repenser leur économie, leur manière d’obtenir ces choses nouvelles dont ils n’avaient plus simplement envie mais réellement besoin. Pas pour survivre non, ni pour simplement paraître mais bien pour vivre pleinement et jouir de ces nouveaux sentiments qui avaient germé et poussé en leur sein.

Marché noir, troc, vols, prêts et récupération.

Ils n’étaient pas nombreux et avaient mis un certain temps à se reconnaître. Mais à présent, ils étaient là, réunis pour la première fois : le ménestrel, la catin, les mestres, l’apothicaire, la cantinière, l’artiste et le héraut.